Le phénomène dit de "manipulation parasitaire" est connu depuis les années 1970. Il consiste en une modification de la physiologie et du comportement des hôtes infectés qui entraîne des conséquences favorables au parasite et défavorables à l'hôte. Ce phénomène est particulièrement manifeste chez les parasites à cycle hétéroxène, où l'altération du phénotype de l'hôte intermédiaire facilite la transmission trophique à l'hôte définitif. Le caractère adaptatif de ce phénomène trouve sa logique dans le concept de "phénotype étendu" défini par Richard Dawkins dans on ouvrage éponyme paru en 1982.


cerveau de Gammarus pulex
marqué à la sérotonine
Asellus aquaticus
Nous travaillons à l'heure actuelle dans deux directions :
- l'identification des mécanismes physiologiques impliqués dans la modification de l'activité sérotonergique chez les hôtes manipulés ;
- l'extension à d'autres interactions liant un parasite acanthocéphale à un hôte intermédiaire crustacé. A cette fin j'envisage d'analyser les bases mécanistiques de la manipulation chez deux crustacés isopodes, l'aselle Asellus aquaticus, parasitée par les acanthocéphales Acanthocephalus anguillae et A. ranae, et le cloporte Porcellio scaber infecté par Plagiorhynchus cylindraceus.

Ces travaux sont menés en collaboration avec plusieurs chercheurs de l'UMR 5561. Ils font intervenir différentes méthodes (observation comportementale, approches pharmacologiques, biologie moléculaire, immunohistochimie et microscopie confocale).
Si les aspects écologiques de la manipulation parasitaire sont relativement bien appréhendés, les mécanismes sous-jacents demeurent encore mal connus. Nous avons récemment franchi un pas important en identifiant dans le cerveau de crustacés amphipodes (Gammarus pulex, G. roeseli) infectés par certains parasites acanthocéphales (Pomphorhynchus laevis, P. tereticollis) terminant leur cycle de vie au sein d'un poisson, une modification de l'activité sérotonergique. Il en ressort que l'altération du comportement phototactique est étroitement corrélée chez les individus manipulés à une augmentation de l'activité sérotonergique dans le cerveau. Aucune modification de la sorte n'est observée chez les amphipodes infectés par le parasite Polymoprhus minutus, qui, au contraire des précédents, ne modifie pas le phototactisme mais inverse le géotactisme, ce qui semble particulièrement adapté à la transmission trophique vers les hôtes définitifs que constituent pour ce parasite diverses espèces d'oiseaux d'eau.
la disposition des crochets
sur le rostre des parasites acanthocéphales sert de critère taxonomique