séminaire du pôle évolution du vivant - vendredi 18 mars 2011

campagnol roussatreLa compétition spermatique chez le campagnol roussâtre (Myodes glareolus)

Jean François Lemaitre, Mammalian Behaviour and Evolution group, université de Liverpool

vendredi 18 mars 2011, 11 heures, amphi Monge

Résumé

Dans de nombreuses espèces, les femelles s’accouplent avec plusieurs mâles lors de leur période fertile. Les gamètes de ces différents mâles entrent ainsi en compétition pour la fécondation des ovocytes. Cette compétition spermatique est maintenant considérée comme une force évolutive majeure ayant façonné la physiologie reproductive et le comportement des individus. Toutefois, chez les espèces où les mâles occupent une position sociale définie, l’investissement des individus dans cette compétition post-copulatoire reste méconnu, malgré de solides prédictions théoriques. Les travaux exposés lors de ce séminaire et réalisés chez une espèce sociale à forte promiscuité sexuelle, le campagnol roussâtre (Myodes glareolus), révèlent que les mâles dominants investissent davantage dans la compétition spermatique, notamment par le biais de leur stratégie d’allocation en spermatozoïdes, mais aussi par la morphologie de leurs genitalia (comprenant baculum et épines péniennes). Le rôle de la déplétion spermatique dans le choix du partenaire chez les mâles sera abordé dans un contexte d’évitement de la consanguinité. Les campagnols mâles deviennent, contrairement à nos prédictions initiales, plus tolérants aux accouplements avec des femelles génétiquement proches lorsque leurs réserves gamétiques sont amoindries. Enfin, si les réponses comportementales des mâles aux variations immédiates de compétition spermatique sont aujourd’hui bien documentées, l’influence du niveau de compétition moyen dans la population sur le phénotype reproducteur des mâles reste inexploré. Les expériences présentées ont montré que les mâles soumis à un niveau de compétition spermatique élevé lors de leur développement accroissent leur investissement dans les vésicules séminales. Ces résultats soulignent l’importance des composants non-spermatiques des éjaculats dans la compétition post-copulatoire des mammifères.