séminaire du pôle évolution du vivant - vendredi 23 mars 2012

gammarus_amplexusDiversité cryptique chez Gammarus sp. : test de l'isolement reproducteur, implications pour l'homogamie et effets sur le parasitisme

Clément Lagrue, postdoctorant de l'équipe écologie évolutive

vendredi 23 mars 2012, 11 heures amphi Monge


Généralement, la diversité biologique est mesurée par le nombre d’espèces. Or, définir une espèce à partir de traits morphologiques n'est pas toujours fiable, les phénomènes de spéciation n’étant pas nécessairement accompagnés de modifications morphologiques. Les méthodes de séquençage d'ADN permettent maintenant de détecter et différencier ces espèces cryptiques. L’existence d’une diversité spécifique cachée a été récemment démontrée chez Gammarus pulex et G. fossarum. L’interfertilité entre ces lignées divergentes, base de la définition biologique de l’espèce, n’a en revanche pas été testée. Nous avons donc effectué l’analyse de la diversité génétique chez ces deux espèces parallèlement à l’étude de l’isolement reproducteur entre lignées génétiques. Les résultats montrent qu’au-delà d’une certaine divergence génétique, il existe un isolement pré-zygotique entre lignées, les partenaires sexuels s’associant préférentiellement entre individus de la même lignée génétique. En revanche, des expériences en laboratoire ont montré que cet isolement n’est pas total. La distance génétique entre les partenaires n’entraîne pas un isolement complet des lignées d’amphipodes. Si la distance génétique entre mâles et femelles semblent affecter le choix du partenaire, elle n’affecte pas la probabilité pour la femelle de produire des œufs et pour ces œufs d’être fécondés et viables. L’isolement reproducteur observé dans les populations naturelles semble donc comportemental plutôt que physiologique. Cet isolement reproducteur partiel a d’autres implications puisque en raison de tailles différentes entre individus de différentes lignées, les patterns d’homogamie (corrélation taille mâle - taille femelle) sont fortement influencés. Finalement, des lignées génétiques sympatriques d’amphipodes montre des vulnérabilités différentes aux parasites, ce qui pourrait avoir des implications profondes dans l’apparition et l’évolution de lignées cryptiques au sein des populations d’amphipodes conduisant à terme à des épisodes de spéciation jusqu’ici indétectables.