13e congrès français de sédimentologie – du 14 au 16 novembre 2011

logo_asfL’équipe SEDS, en lien avec l’ASF (association des sédimentologistes français) organise le 13e congrès français de sédimentologie du 14 au 16 novembre 2011 au palais des congrès de Dijon. Cette manifestation rassemblera 350 participants, universitaires et industriels, qui présenteront leurs travaux dans des domaines variés de l’étude des sédiments et des roches sédimentaires. Ce congrès permettra de faire le point sur les avancées récentes à la fois sur des aspects académiques mais aussi sur les enjeux sociétaux en matière d’environnement, de ressources et de stockage en milieux géologiques.

En plus des communications spécialisées qui se dérouleront sur 3 jours, une conférence « grand public » intitulée "Émergence de la vie multicellulaire. Un chapitre nouveau vieux de 2.1 milliards d'années vient de voir le jour au Gabon" sera présentée par M. Abderrazzak El Albani, le lundi 14 novembre à 19 heures à l’amphithéâtre Romanée-Conti du palais des congrès. Cette conférence (résumé ci-dessous) est ouverte à tous.

Pour toute information complémentaire, vous pouvez consulter le site du congrès.

Emergence de la vie multicellulaire. Un chapitre nouveau vieux de 2.1 Milliards d'années vient de voir le jour au Gabon

Abderrazak El Albani, UFR SFA, UMR 6269 (HydrASA), université de Poitiers

Résumé

L’histoire de la vie entre sa première apparition, il y a environ trois milliards et demi d’années (époque archéenne), et "l’explosion cambrienne", autour de 600 millions d’années, est très peu connue. Mais c’est au cours de cette période, appelée Protérozoïque, que la vie se diversifie : aux micro-organismes unicellulaires ayant une simple membrane mais privés de noyau - les procaryotes - s’ajoutent les eucaryotes, organismes uni- ou pluricellulaires à organisation et métabolisme plus complexes et en général de plus grande taille, caractérisés par des cellules qui possèdent un noyau contenant l'ADN.
Cette phase extraordinaire de l’histoire de la vie de notre planète, qui passionne tant géologues, biologistes, paléontologues et géochimistes, est malheureusement mal documentée par le registre fossile et l'interprétation de ses rares traces, notamment des niveaux sédimentaires du Mésoprotérozoïque (1,6-1 milliard d’années), est objet depuis toujours de discussions animées entre spécialistes.
Parfaitement préservées dans des sédiments vieux de 2,1 milliards d'années au Gabon, des restes fossiles ont été découverts montrant une impressionnante variété d’organismes coloniaux complexes, les plus anciens documentés à ce jour, de formes et de dimensions diverses, atteignant parfois 10-12 centimètres et une densité de plus de 40 spécimens au mètre carré.
Le site fossilifère gabonais, près de Franceville (d’où le nom "Francevillien" des formations géologiques), a déjà livré plus de 450 spécimens ; sa richesse et sa qualité de conservation sont sans précédent. Le niveau de complexité biologique est relativement élevé étant donné que les fossiles datent de la phase initiale du Protérozoïque, appelée Paléoprotérozoïque (entre 2,5 e 1,6 milliards d’années). Les spécimens ont été soumis à de premières analyses sophistiquées pour comprendre au mieux leur nature et reconstruire leur milieu de vie. Grâce à l’utilisation d’un type particulier de scanner tridimensionnel à haute résolution (microtomographe) disponible à l’université de Poitiers, une exploration virtuelle des échantillons a été réalisée permettant d’apprécier le degré d’organisation interne dans les moindres détails, sans en compromettre l’intégrité. Des mesures du contenu des isotopes du soufre ont été effectuées par sonde ionique et ont permis de cartographier précisément la distribution relative de la pyrite associée au processus de sulfato-réduction à partir d’un support organique. Ceci constituait le substrat flexible de l'organisme original et qui s’est transformée en pyrite au cours de la fossilisation, et de la différencier du sédiment environnant.
Outre les résultats des analyses minéralogiques et géochimiques (isotopes du soufre et géochimie du fer...), l’étude des figures et des structures sédimentaires a révélé que les macro-organismes du Gabon, ayant subi une fossilisation rapide dans des conditions rarement aussi favorables, vivaient dans un environnement marin d’eaux oxygénées peu profondes, souvent calmes mais périodiquement soumises à l’influence conjuguée des marées, des vagues et des tempêtes. Pour se développer et se différencier à un niveau jamais atteint auparavant, ces formes ont effectivement profité d’une phase temporaire d’augmentation significative de la concentration en oxygène dans l’atmosphère, qui s’est produite entre 2,45 et 2,32 milliards d’années.
Mais par la suite, comme il est récurrent dans l’histoire de notre planète, les conditions de l’océan primitif devinrent moins favorables aux organismes à métabolisme complexe. Il faudra donc attendre le début du Cambrien, plus d’un milliard d’années après, pour assister à une nouvelle phase significative de diversification et d’expansion de la vie ("l’explosion cambrienne"), en attendant d’éventuelles découvertes extraordinaires de gisement plus anciens comme ceux du Gabon.
Jusqu'à présent, on retenait qu'avant deux milliards d'années la Terre était peuplée uniquement de microbes. Mais les fossiles du Gabon montrent que quelque chose de radicalement nouveau survint à cette époque : des cellules avaient commencé à coopérer pour former des unités plus complexes et plus grandes. À partir de ce moment, la voie s'est ouverte à de nouvelles expériences évolutives qui transformeront la biosphère en l'enrichissant d'organismes qui jouent encore aujourd'hui un rôle majeur dans l’émergence de la vie et la biodiversité.