séminaire du pôle évolution du vivant - vendredi 6 février

Dans les interstices de l'Origine : comment jouer Darwin contre Darwin ?

 

Thierry Hoquet, université Paris X Nanterre

 

Vendredi 6 février à 11 heures, amphi Mariotte

 

On commencera par un double étonnement :


1/ Dans son célèbre ouvrage L’Origine des espèces, Darwin ne s'est pas uniquement préoccupé d’établir la sélection naturelle : il y mène également une réflexion sur les variations, les causes qui les produisent et les lois par lesquelles elles sont transmises ou non à la descendance.


Comment l’importance accordée à la variation a-t-elle influencé les lectures de Darwin ?


2/ Au cours de la célèbre « éclipse du darwinisme » (la période qui court de 1880 à 1930, au cours de laquelle on jugeait le darwinisme « mort »), rares sont ceux qui s’opposent frontalement à Darwin : la tendance générale est plutôt à un syncrétisme, où la sélection naturelle est incluse comme facteur parmi d’autres mécanismes. Finalement, Darwin est utilisé a contrario de ce qu’on a coutume d’appeler aujourd'hui « darwinisme ».


Notre hypothèse est que la tension entre variation et sélection, qui traverse l’ouvrage dès 1859, influença la réception de L’Origine. Elle autorisa plusieurs manières d’être darwinien ou antidarwinien, au point de susciter des revendications paradoxales : certains crurent que l’important était la recherche des lois de la variation, et qu’ils pouvaient se proclamer darwiniens tout en rejetant la sélection naturelle si centrale dans le darwinisme… Les querelles de traduction et les ambiguïtés nées des modifications apportées par Darwin lui-même aux éditions successives de son œuvre aggravèrent encore les tensions.


Au fil de l’analyse, on constate que darwiniens et non-darwiniens composent une palette fort nuancée et qu’ils finissent par se rejoindre dans une commune posture : pour défendre leurs positions, tous jouent Darwin contre Darwin.