article de Lucile Dianne publié dans Evolution

Un parasite qui vous veut du bien... temporairement !

Les parasites ont tous besoin, à un moment ou un autre de leur cycle de vie, de vivre aux dépens d'un hôte. La définition même du parasitsime fait référence au fait que le parasite induit un coût chez son hôte, certains parasites allant même jusqu’à lui coûter la vie. Dans un article à paraître dans Evolution(1), Lucile Dianne, doctorante, et ses collaborateurs du laboratoire Biogéosciences, ont montré qu’un parasite peut au contraire protéger son hôte pendant une partie de son cycle de vie. Ces résultats ont fait l’objet d’un "research highlight" dans la revue Nature(2).

Le ver parasite acanthocéphale Pomphorhynchus laevis utilise le crustacé d’eau douce Gammarus pulex comme hôte intermédiaire, où il reste à l’état larvaire. Pour devenir adulte et se reproduire, il doit être ingéré par un poisson, qui deviendra l’hôte définitif. Cette transmission d'un hôte à l'autre est une étape clé de la vie de tels parasites dits “à transmission trophique”. Nombreuses sont les espèces de parasites chez lesquelles des stratégies de favorisation de cette transmission ont évolué, qui contribuent à mettre leurs larves à portée de dents de l'hôte définitif. Les chercheurs de l’équipe écologie évolutive de Dijon avaient ainsi montré, il y a quelques années que les larves de Pomphorhynchus laevis forcent les crustacés à adopter des comportements quelque peu suicidaires, en modulant ou inhibant des comportements anti-prédateur tels que la photophobie, l’utilisation de refuges, ou la fuite en réaction à l’odeur d’un prédateur. Ces crustacés parasitiquement modifiés sont  jusqu’à vingt fois plus prédatés que les individus non parasités.

Ce mode de transmission n’est pas sans risque pour la larve de parasite, dont le stade de développement ne lui permet pas encore de s’implanter dans l’hôte définitif : toute prédation par ce dernier se soldera par un échec de la transmission et par la mort du parasite. Une stratégie optimale pour le parasite serait alors de protéger son hôte intermédiaire de la prédation pendant cette phase où la larve n’est pas infectieuse pour l’hôte définitif, avant d’inverser la tendance dès l’infectivité atteinte. C’est ce que Lucile Dianne et ses collègues viennent effectivement de démontrer expérimentalement : les gammares hébergeant une larve immature d’acanthocéphale ont des comportements anti-prédateurs plus efficaces que les gammares sains et encourent un risque de prédation par les poissons plus faible. Dès le stade infectieux atteint par la larve du parasite, les comportements s’inversent et le taux de prédation des gammares parasités devient plus fort que celui de leurs congénères sains.

Cette protection de l’hôte par la larve de parasite, même pendant un court moment de son développement, pose naturellement la question des intérêts de chacun des acteurs dans cette association. En effet, ces intérêts semblent converger : l’hôte intermédiaire comme le parasite voient, grâce à cette protection, leur risque de mortalité amoindri. Peut-on parler de mutualisme temporaire pour autant ? Rien n’est moins sûr. En effet, si l’hôte trouvait vraiment son compte à posséder des défenses anti-prédateur renforcées, pourquoi n’adopterait-il pas également ce comportement lorsqu’il n’est pas infecté ? Les changements de comportement étant modulés en fonction du stade de développement du parasite, ils bénéficient bien plus à ce dernier qu’à l’hôte.


(1) Lucile Dianne, Marie-Jeanne Perrot-Minnot, Alexandre Bauer, Mickaël Gaillard, Elsa Léger & Thierry Rigaud. 2011. Protection first then facilitation: a manipulative parasite modulates the vulnerability to predation of its intermediate host according to its own developmental stage. Evolution. Sous presse. Disponible en ligne : DOI: 10.1111/j.1558-5646.2011.01330.x

(3) Nature, vol. 473, p. 422.